L'enjeu

Restaurer la confiance : un enjeu au cœur de toutes les préoccupations des Français

Quelles que soient les préoccupations des Français, la question de la confiance - ou plutôt de la défiance - apparaît aujourd’hui comme centrale, au cœur de nombre d’enjeux sociétaux: confiance des jeunes dans leur avenir professionnel, confiance dans la science et la technique (nucléaire et énergies nouvelles, sécurité des médicaments, alimentation, …), dans la capacité de l’Etat à prévenir la montée de la violence, dans la qualité de notre justice, de notre système de protection sociale, dans la fiabilité des institutions financières,dans la parole des médias, dans la représentation politique, dans les relations au sein de l’entreprise… 

Cette question a été abordée de tous temps par les philosophes, notamment des religions, et auteurs littéraires, d’Aristote à Zola en passant par Machiavel, La Rochefoucauld, Montesquieu, Voltaire, Rousseau…, par les économistes (John Law, Adam Smith…), de même que par des responsables politiques  contemporains ou récents – Alain Peyrefitte (La société de confiance…). Plus récemment, elle a fait l’objet d’ouvrages intéressants[1] [2] qui mettent en exergue le niveau dramatiquement bas de confiance en autrui que connaissent les Français. Elle conduit également à s’interroger sur l’articulation entre confiance individuelle et confiance en autrui, en bilatéral et collectivement[3].

La France est l’un des pays développés exprimant le plus faible niveau de confiance mutuelle

Comme l’expliquent les économistes Yann Algan et Pierre Cahuc dans La société de défiance, les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les 25 pays les plus riches, la France se classerait 23ème, devançant juste le Portugal et la Turquie, à la question : « Pensez-vous qu’il est possible de faire confiance aux autres ou que l’on n’est jamais assez méfiant ? » Si l’on tient compte de l’ensemble des pays recensés dans l’enquête du World Value Survey, incluant les pays en voie de développement, la France se classe au 58ème  rang sur 82 pays, dépassée uniquement par des pays beaucoup plus pauvres ou ayant connu des conflits armés récents. [4]

Une défiance aux conséquences économiques et sociales lourdes

Ce niveau très élevé de défiance ne serait pas sans conséquences, notamment économiques, sociales ou politiques. Ainsi, selon les deux économistes, la réduction du déficit de confiance par rapport à la Suède impliquerait une baisse du taux de chômage de trois points de pourcentage[5]. De même, notre déficit de confiance expliquerait 66% de notre écart de revenu par rapport à la Suède. Le PIB français se serait accru de 5% en France, soit une hausse de 1 500 euros par personne si les Français avaient la même confiance envers leurs concitoyens que les Suédois.  Plus globalement, le niveau de satisfaction des Français, directement corrélé au niveau de confiance mutuelle, s’avère particulièrement bas : la France, se classe au 17ème rang parmi les 23 pays référencés en matière de niveau de satisfaction (les pays nordiques se situent au premier rang, suivis par les pays anglo-saxons).

La confiance, en tant qu’enjeu sociétal (politique, économique, social) majeur, n’a jamais été abordée dans toutes ses dimensions

Curieusement, au-delà de réflexions philosophiques, littéraires ou économiques, il semble que la question de la confiance n’ait pas fait l’objet de réflexion partagée, qu’elle n’ait pas été abordée « de front » en termes d’enjeu politique, économique et social dans un objectif de recherche de pistes concrètes d’action et de progrès[6]. Et lorsqu’elle est évoquée, elle l’est souvent de manière incantatoire : « Faites-nous confiance ! »… Or on dit souvent que la confiance ne se décrète pas, mais qu’elle se construit, « qu’elle se mérite ». 

 


[1]Le contrat de défiance, Michela Marzano (Grasset, 2010)

[2]La société de défiance, Yann Olgan et Pierre Cahuc (éditions Rue d’Ulm, prix du livre d’économie 2008).

[3]Il est d’ailleurs intéressant de noter que, contrairement aux français, les anglo-saxons distinguent les notions de « self-confidence » (confiance en soi) de « trust » (confiance en autrui).

[4]Source World Values Survey, 1990 et 2000, dans La société de défiance (Y. Algan et P. Cahuc)

[5] Résumé ainsi, le lien entre confiance et chômage peut apparaître un peu « rapide ». Il nécessite une lecture plus approfondie du livre de Yann Algan et Pierre Cahuc.

[6]L’analyse des causes de la défiance propre à la France, selon Yann Algan et Pierre Cahuc, a pour causes principales son étatisme et son corporatisme. Les pistes de progrès qu’ils suggèrent consistent en une redistribution plus universelle, une meilleure régulation de la concurrence, la sécurisation des parcours professionnels et l’activation du dialogue social (cf. La société de défiance, par Y. Algan et P. Cahuc, p. 92 à 99)